Booba: c'est le bon, la brute et le truand réunis sous la même casquette. Un gaillard de 1,92 mètre qui assène avec un aplomb incroyable que « rien ne [l']arrête à part le 9-millimètres », et qu'il faut « être un pitbull quand la vie est une chienne ». Du coup, on s'en veut un peu de ne pas avoir pris la laisse, et peut-être même un gilet pare-balles au cas où ça défouraille sec. Car on est à Boulogne, « 9-2 », le fief de Booba, qui frise le disque d'or (100 000 exemplaires) avec son nouvel album « Ouest Side » (Universal/Barclay). Dégaine de basketteur, longs cils apaisants et sourire étonnamment posé.
Le style : Booba a beau être de « Boulbi » (Boulogne-Billancourt), c'est la panoplie sulfureuse du gangsta-rappeur américain qu'il arbore. Un peu de « bling-bling » (une bijouterie voyante, dont une énorme chaîne dorée portant le logo de son label Tallac Records), une armure de tatouages (parmi lesquels une seringue, un bateau d'esclaves, des yeux qui pleurent et la devise du héros de « Scarface », Tony Montana : « The World is Yours »), et une garde-robe streetwear siglée Ünkut, la marque de vêtements qu'il a créée voilà deux ans. Le truc en plus : les armes à feu, qu'il « aime comme d'autres aiment les tableaux », et qu'il exhibe jusque sur la pochette de son album, en référence à une scène de « Malcolm X ».
Son rap : un son lourd et percutant qui rappelle les tubes de 50 Cent, mais aussi une reprise de la mélodie de « Mistral gagnant », de Renaud. Côté texte, un indubitable talent pour forger des métaphores sans comparaison dans le rap français servi par un « flow » énergique et saccadé, depuis « J'ai roté mon poulet rôti et recraché deux îlotiers » à « Moi je rêve et j'accomplis même si je crève incompris ». Beaucoup d'humour aussi, comme le devenu légendaire : « Quand je traîne en bas de chez toi je fais chuter le prix de l'immobilier. » La très germanopratine NRF ne s'y est pas trompée, qui a consacré au « Bitume avec une plume », l'autre surnom de Booba.
Parcours : Booba, qui a emprunté ce surnom à la fois au prénom de son cousin et au petit ourson traqué par les chasseurs dans le dessin animé des années 80 - « C'est un petit jeune qui galère », dit le rappeur -, est né Elie Yaffa le 9 décembre 1976, à Sèvres (92), d'un père sénégalais et d'une mère française. A 10 ans, après le divorce de ses parents, le jeune métis part vivre sur la Côte d'Azur avant de s'envoler pour les Etats-Unis pour un échange scolaire. A Detroit, il s'enivre du « rêve américain » et de « l'histoire des esclaves », essaie d'y rester pour étudier. Pas assez bon en basket, il revient en France et passe un BEP de vente. « Mais comme t'achètes pas des BM en vendant des pizzas » et qu'en plus il veut une Ferrari, il passe à la « vente de substances bizarres » et tombe dans le rap « par accident ». 100 000 exemplaires vendus de son premier album, sur le label indépendant qu'il a fondé.
« Street credibility » : énorme. En 1996, après avoir braqué un taxi avec une arme à feu (« Rien de bien glorieux, juste un billet pour la soirée, on aurait bien braqué le grec mais il nous aurait reconnus même sous les cagoules », dit-il, il prend quatre ans de prison mais en sort au bout de dix-huit mois. Devenu star, en 2001, il manque d'y retourner lorsqu'une fusillade éclate sur le parking d'une boîte de nuit d'Aubervilliers, et qu'il est accusé d'avoir tiré. « Je ne suis pas une racaille de base/Au tribunal j'ai rien à craindre, j'ai maître Le Bras » chante-t-il dans son album pour remercier son avocat.
Credo : la loi du ghetto. Il faut montrer aux autres « combien tu pèses » et « vivre comme l'ampoule : briller et mourir ». Pas question de « finir usé à l'usine », ou « de cotiser pour la retraite alors qu'on va mourir d'un cancer à 40 ans ». Son programme : « Trouver de l'argent par tous les moyens possibles pour se constituer un petit pécule comme si on gagnait au loto. » En février, l'artiste anti-police a dû se résoudre à l'appeler après avoir été contacté par deux délinquants qui avaient ligoté sa mère et son frère dans la cave de leur immeuble et les menaçaient d'un... Flash-ball.
La France : il la quitterait volontiers, « et pas pour raisons fiscales », parce qu'on peut pas s'y « amuser ». Il la trouve raciste, « traumatisante » pour les jeunes. Aux députés qui s'indignent des appels à la haine, il répond que c'est « trop facile de faire porter la faute du chômage et de la violence en banlieue sur les rappeurs ».
La banlieue : il l'aime, et vit d'ailleurs toujours à Boulogne. En revanche, il ne supporte pas de voir les jeunes se plaindre et rester à fumer des joints « au lieu de se bouger pour découvrir quel est leur talent, ou de voyager pour affronter la vie ».
Engagement politique : néant, excepté quelques piques lancées à Sarkozy, qui selon lui n'est « pas malin et trop nerveux ». « D'habitude, dit-il, les hommes politiques se font élire, et après ils t'enc***. Lui, il veut t'enc*** d'abord. » Booba ne vote pas : « voter contre quelqu'un ne [l]'intéresse pas ».
Son avis sur Diam's : « Du rap de gamine. »
Quand la NRF consacre le style Booba
Le style : Booba a beau être de « Boulbi » (Boulogne-Billancourt), c'est la panoplie sulfureuse du gangsta-rappeur américain qu'il arbore. Un peu de « bling-bling » (une bijouterie voyante, dont une énorme chaîne dorée portant le logo de son label Tallac Records), une armure de tatouages (parmi lesquels une seringue, un bateau d'esclaves, des yeux qui pleurent et la devise du héros de « Scarface », Tony Montana : « The World is Yours »), et une garde-robe streetwear siglée Ünkut, la marque de vêtements qu'il a créée voilà deux ans. Le truc en plus : les armes à feu, qu'il « aime comme d'autres aiment les tableaux », et qu'il exhibe jusque sur la pochette de son album, en référence à une scène de « Malcolm X ».
Son rap : un son lourd et percutant qui rappelle les tubes de 50 Cent, mais aussi une reprise de la mélodie de « Mistral gagnant », de Renaud. Côté texte, un indubitable talent pour forger des métaphores sans comparaison dans le rap français servi par un « flow » énergique et saccadé, depuis « J'ai roté mon poulet rôti et recraché deux îlotiers » à « Moi je rêve et j'accomplis même si je crève incompris ». Beaucoup d'humour aussi, comme le devenu légendaire : « Quand je traîne en bas de chez toi je fais chuter le prix de l'immobilier. » La très germanopratine NRF ne s'y est pas trompée, qui a consacré au « Bitume avec une plume », l'autre surnom de Booba.
Parcours : Booba, qui a emprunté ce surnom à la fois au prénom de son cousin et au petit ourson traqué par les chasseurs dans le dessin animé des années 80 - « C'est un petit jeune qui galère », dit le rappeur -, est né Elie Yaffa le 9 décembre 1976, à Sèvres (92), d'un père sénégalais et d'une mère française. A 10 ans, après le divorce de ses parents, le jeune métis part vivre sur la Côte d'Azur avant de s'envoler pour les Etats-Unis pour un échange scolaire. A Detroit, il s'enivre du « rêve américain » et de « l'histoire des esclaves », essaie d'y rester pour étudier. Pas assez bon en basket, il revient en France et passe un BEP de vente. « Mais comme t'achètes pas des BM en vendant des pizzas » et qu'en plus il veut une Ferrari, il passe à la « vente de substances bizarres » et tombe dans le rap « par accident ». 100 000 exemplaires vendus de son premier album, sur le label indépendant qu'il a fondé.
« Street credibility » : énorme. En 1996, après avoir braqué un taxi avec une arme à feu (« Rien de bien glorieux, juste un billet pour la soirée, on aurait bien braqué le grec mais il nous aurait reconnus même sous les cagoules », dit-il, il prend quatre ans de prison mais en sort au bout de dix-huit mois. Devenu star, en 2001, il manque d'y retourner lorsqu'une fusillade éclate sur le parking d'une boîte de nuit d'Aubervilliers, et qu'il est accusé d'avoir tiré. « Je ne suis pas une racaille de base/Au tribunal j'ai rien à craindre, j'ai maître Le Bras » chante-t-il dans son album pour remercier son avocat.
Credo : la loi du ghetto. Il faut montrer aux autres « combien tu pèses » et « vivre comme l'ampoule : briller et mourir ». Pas question de « finir usé à l'usine », ou « de cotiser pour la retraite alors qu'on va mourir d'un cancer à 40 ans ». Son programme : « Trouver de l'argent par tous les moyens possibles pour se constituer un petit pécule comme si on gagnait au loto. » En février, l'artiste anti-police a dû se résoudre à l'appeler après avoir été contacté par deux délinquants qui avaient ligoté sa mère et son frère dans la cave de leur immeuble et les menaçaient d'un... Flash-ball.
La France : il la quitterait volontiers, « et pas pour raisons fiscales », parce qu'on peut pas s'y « amuser ». Il la trouve raciste, « traumatisante » pour les jeunes. Aux députés qui s'indignent des appels à la haine, il répond que c'est « trop facile de faire porter la faute du chômage et de la violence en banlieue sur les rappeurs ».
La banlieue : il l'aime, et vit d'ailleurs toujours à Boulogne. En revanche, il ne supporte pas de voir les jeunes se plaindre et rester à fumer des joints « au lieu de se bouger pour découvrir quel est leur talent, ou de voyager pour affronter la vie ».
Engagement politique : néant, excepté quelques piques lancées à Sarkozy, qui selon lui n'est « pas malin et trop nerveux ». « D'habitude, dit-il, les hommes politiques se font élire, et après ils t'enc***. Lui, il veut t'enc*** d'abord. » Booba ne vote pas : « voter contre quelqu'un ne [l]'intéresse pas ».
Son avis sur Diam's : « Du rap de gamine. »
Quand la NRF consacre le style Booba